Guide complet · Carrez / Boutin

Mesurage Carrez et Boutin guide complet 2026

Tout savoir sur le mesurage Carrez et Boutin : surface privative en copropriété, surface habitable en location, méthode, tolérance ±5 %.

25 min de lecture5 050 motsMis à jour le 22 mai 2026

01Qu’est-ce que le mesurage Carrez et Boutin

Les mesurages Carrez et Boutin sont deux diagnostics distincts qui visent à déterminer la surface d’un bien immobilier dans des contextes juridiques différents. Le mesurage Carrez, instauré par la loi 96-1107 du 18 décembre 1996, concerne la vente de lots de copropriété et détermine la « superficie privative » du lot. Le mesurage Boutin, instauré par la loi 2009-323 du 25 mars 2009 portant mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion (loi MOLLE), concerne la location et détermine la « surface habitable » du logement.

La superficie Carrez correspond aux planchers des locaux clos et couverts, après déduction des surfaces occupées par les murs, cloisons, marches et cages d’escalier, gaines, embrasures de portes et de fenêtres. Elle ne prend en compte que les parties dont la hauteur sous plafond est supérieure ou égale à 1,80 mètre. Les caves, garages, terrasses, balcons, vérandas, parties communes et lots ou fractions de lots inférieurs à 8 mètres carrés sont exclus du calcul Carrez. Cette définition rigoureuse vise à offrir à l’acquéreur d’un bien en copropriété une information fiable et homogène sur la surface utile réellement vendue.

La surface habitable au sens de la loi Boutin est définie à l’article R111-2 du Code de la construction et de l’habitation. Elle correspond à la surface de plancher construite après déduction des surfaces occupées par les murs, cloisons, marches et cages d’escalier, gaines, embrasures de portes et de fenêtres. Comme pour Carrez, seules les parties dont la hauteur sous plafond est supérieure ou égale à 1,80 mètre sont prises en compte. La principale différence réside dans le périmètre d’application : alors que Carrez s’applique aux lots de copropriété en vente, Boutin s’applique à tous les logements en location (vide ou meublée, en copropriété ou non).

Une autre différence importante concerne les annexes. La surface habitable Boutin exclut les combles non aménagés, les caves, sous-sols, remises, garages, terrasses, loggias, balcons, séchoirs extérieurs au logement, vérandas, locaux communs et autres dépendances. La superficie Carrez exclut également ces éléments mais les définit de manière sensiblement différente. En pratique, la surface Boutin est presque toujours égale ou inférieure à la surface Carrez du même bien, mais des écarts peuvent exister selon la configuration du logement.

02Quand le mesurage Carrez et Boutin est-il obligatoire

Le mesurage Carrez est obligatoire pour toute vente d’un lot de copropriété, qu’il s’agisse d’un appartement, d’un local commercial, d’un bureau ou de tout autre bien soumis au statut de la copropriété tel que défini par la loi 65-557 du 10 juillet 1965. Il n’est pas obligatoire pour les ventes de maisons individuelles non soumises au statut de la copropriété, ni pour les ventes en l’état futur d’achèvement (VEFA) où la surface est définie dans le contrat de réservation et de vente initial.

L’obligation Carrez s’applique aussi bien aux ventes entre particuliers qu’aux ventes en agence ou aux ventes aux enchères, et qu’il s’agisse d’une vente classique, d’une vente en viager ou d’une vente en démembrement. Le mesurage doit figurer dans le compromis de vente, dans l’acte authentique et dans toute promesse ou avant-contrat. À défaut de mention de la superficie Carrez, l’acquéreur peut demander la nullité de l’acte dans un délai d’un mois après l’acte authentique. Cette sanction sévère explique l’importance que les notaires accordent à la présence du mesurage dans les dossiers de vente.

Le mesurage Boutin est quant à lui obligatoire pour toute location nue à usage de résidence principale. Il doit figurer dans le contrat de location dès sa signature et l’absence de mention n’entraîne pas la nullité du bail mais peut donner lieu à des sanctions. Le mesurage Boutin n’est pas obligatoire pour les locations meublées (qui relèvent d’autres dispositions du Code civil) ni pour les locations saisonnières, les baux commerciaux ou les baux professionnels.

Pour les locations en colocation avec plusieurs baux distincts, le mesurage Boutin doit être réalisé pour chaque lot ou chambre faisant l’objet d’un bail séparé. Pour les colocations sous bail unique, un seul mesurage couvrant l’ensemble du logement suffit. Pour les locations avec services particuliers (résidence étudiante, résidence senior, résidence services), des règles spécifiques peuvent s’appliquer et il convient de se référer aux dispositions contractuelles.

03Quelles sont les règles applicables en 2026

Le cadre réglementaire 2026 du mesurage Carrez et Boutin reste fondé sur les textes initiaux (loi de 1996, loi MOLLE de 2009). Plusieurs jurisprudences récentes ont précisé l’application des règles, notamment sur la prise en compte des combles aménagés, des mezzanines, des vérandas et des locaux mansardés. La Cour de cassation a notamment confirmé en 2023 qu’une véranda chauffée et intégrée structurellement au logement principal pouvait être incluse dans la surface Carrez si elle remplissait les critères de hauteur et d’étanchéité.

La tolérance de 5 % entre la superficie déclarée et la superficie réelle reste la règle structurante du dispositif Carrez. Si la superficie réelle du lot est inférieure de plus de 5 % à celle déclarée dans l’acte authentique, l’acquéreur peut, dans un délai d’un an à compter de l’acte, intenter une action en diminution du prix proportionnelle à la moins-value constatée. Par exemple, pour un lot acheté 300 000 euros avec une surface déclarée de 80 m² et une surface réelle de 74 m² (soit -7,5 %), l’acquéreur peut demander une diminution du prix d’environ 22 500 euros (calculée au prorata sur la part dépassant les 5 % de tolérance).

Cette action en diminution du prix est imprescriptible dans le délai de un an et son exercice n’est pas subordonné à la preuve d’un préjudice particulier : la seule constatation de l’écart suffit à justifier la demande. Pour le mesurage Boutin, la jurisprudence a établi une règle similaire : si la surface réelle est inférieure de plus de 5 % à la surface déclarée, le locataire peut demander une diminution proportionnelle du loyer. Cette diminution est calculée au prorata et s’applique pour la durée restante du bail.

Une évolution notable concerne les nouvelles techniques de mesurage. Depuis 2023, les diagnostiqueurs utilisent de plus en plus des scanners laser 3D et des télémètres connectés qui améliorent la précision des mesures et réduisent le risque d’erreur. Les mesures réalisées avec ces équipements peuvent être documentées par des nuages de points et des plans 3D qui constituent une preuve solide en cas de contestation ultérieure. Cette professionnalisation rend les mesurages plus fiables et limite les risques de litige post-vente.

Pour les copropriétés, l’obligation de mise à jour du règlement de copropriété en cas de modification significative des lots a été précisée. Lorsque des travaux modifient durablement la surface privative d’un lot (création d’une mezzanine, démolition d’une cloison commune, etc.), un nouveau mesurage Carrez doit être réalisé et le règlement de copropriété mis à jour si la modification affecte la quote-part des charges. Cette mise à jour est désormais inscrite à l’ordre du jour systématique des assemblées générales suivant les travaux concernés.

  • Carrez : vente lots de copropriété, mention obligatoire dans tous les actes
  • Boutin : location nue à usage de résidence principale
  • Tolérance ±5 % entre surface déclarée et surface réelle
  • Action en diminution du prix dans le délai d’un an (Carrez)
  • Diminution proportionnelle du loyer (Boutin)
  • Lots ou fractions < 8 m² exclus du calcul Carrez

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04Comment se déroule un mesurage Carrez ou Boutin

Un mesurage Carrez ou Boutin dure typiquement entre 30 minutes et deux heures selon la surface et la complexité du bien. Le diagnostiqueur (ou géomètre dans certains cas) commence par identifier le lot précis à mesurer en se référant au règlement de copropriété et au plan cadastral. Pour les biens en copropriété, il vérifie la définition précise des parties privatives et l’éventuelle inclusion d’annexes (caves, parkings, balcons) dans le lot vendu.

Le mesurage proprement dit s’effectue pièce par pièce. Le diagnostiqueur mesure les dimensions intérieures de chaque pièce à l’aide d’un télémètre laser de précision (généralement ±2 millimètres sur 10 mètres), en prenant soin de relever toutes les irrégularités du plan (alcôves, ressauts, retraits). Pour chaque pièce, il consigne la longueur, la largeur, la hauteur sous plafond et toute particularité (poutres apparentes, gaines, embrasures). Les pièces basses sous plafond (combles aménagés, sous-pentes) font l’objet d’une attention particulière car seules les parties à plus de 1,80 mètre de hauteur sont prises en compte.

Pour les surfaces non orthogonales ou complexes (mezzanines, escaliers, alcôves arrondies), le diagnostiqueur procède par décomposition en surfaces géométriques élémentaires (rectangles, triangles, trapèzes) dont il additionne ou soustrait les valeurs. Les outils modernes de mesurage (scanners laser 3D, applications connectées) permettent de générer automatiquement des plans cotés et des calculs de surface, ce qui améliore la fiabilité et la documentation du diagnostic.

À l’issue du mesurage, le diagnostiqueur établit un rapport synthétique qui présente le détail des surfaces par pièce, les surfaces incluses et exclues du calcul, et la surface totale Carrez ou Boutin. Pour le Carrez, le rapport mentionne explicitement les parties privatives non comptabilisées (caves, balcons, parkings) avec leur surface, ce qui permet à l’acquéreur d’avoir une vision complète du bien. Pour le Boutin, le rapport indique les surfaces communes ou dépendances éventuelles qui ne sont pas incluses dans la surface habitable.

  1. Identification du lot et étude documentaire

    Le diagnostiqueur consulte le règlement de copropriété et le plan cadastral pour identifier précisément le lot à mesurer et ses limites.

  2. Mesurage pièce par pièce

    Mesure des dimensions intérieures de chaque pièce au télémètre laser de précision. Consignation des longueurs, largeurs, hauteurs et particularités.

  3. Vérification des hauteurs sous plafond

    Identification des parties à hauteur supérieure ou égale à 1,80 m, seules prises en compte dans le calcul. Cartographie des sous-pentes et combles aménagés.

  4. Décomposition des surfaces complexes

    Décomposition des géométries irrégulières en surfaces élémentaires (rectangles, triangles, trapèzes) pour un calcul rigoureux des aires.

  5. Calcul des surfaces et exclusions

    Application des règles d’exclusion (murs, cloisons, gaines, embrasures, parties basses). Calcul de la surface Carrez ou Boutin finale.

  6. Rapport et plan coté

    Établissement du rapport synthétique avec détail des surfaces par pièce et plan coté à l’échelle. Le rapport mentionne explicitement les parties non comptabilisées.

05Combien coûte un mesurage Carrez ou Boutin

Le prix d’un mesurage Carrez se situe en moyenne entre 80 et 150 euros toutes taxes comprises pour un appartement standard, et entre 100 et 200 euros pour un appartement complexe ou un local commercial. Pour un mesurage Boutin réalisé en complément d’une location, comptez 70 à 130 euros TTC. Lorsque les deux mesurages sont commandés ensemble (par exemple pour une vente d’un bien actuellement loué), le tarif combiné se situe généralement entre 120 et 200 euros TTC.

Le mesurage Carrez est presque toujours inclus dans le pack de diagnostics obligatoires à la vente d’un appartement en copropriété. Le coût marginal du mesurage dans un pack se situe entre 50 et 100 euros, ce qui constitue une économie significative par rapport à la commande individuelle. Pour les biens loués, le mesurage Boutin est généralement intégré dans un pack location qui peut également inclure le DPE et l’ERP.

Le mesurage par un géomètre-expert est généralement plus coûteux (200 à 500 euros pour un appartement standard) que celui réalisé par un diagnostiqueur certifié, mais offre des garanties supplémentaires en cas de litige ultérieur. Pour les biens à forte valeur (lots de prestige, grands appartements parisiens, lots avec configuration atypique), il est souvent préférable de faire appel à un géomètre-expert dont la responsabilité civile professionnelle est mieux couverte.

  • Mesurage Carrez appartement standard : 80 à 150 € TTC
  • Mesurage Boutin location : 70 à 130 € TTC
  • Mesurage Carrez + Boutin combinés : 120 à 200 € TTC
  • Mesurage par géomètre-expert : 200 à 500 € TTC
  • Pack vente complet avec Carrez : 350 à 600 € TTC

06Comment lire le résultat et le rapport

Le rapport d’un mesurage Carrez ou Boutin présente une structure simple mais rigoureuse. Il comprend l’identification du bien (adresse, étage, numéro de lot, références cadastrales), du propriétaire, du diagnostiqueur (nom, certification, organisme certificateur, assurance) et de la mission. Pour un mesurage Carrez, le rapport mentionne explicitement le règlement de copropriété de référence et les conditions de propriété du lot.

Le tableau de calcul des surfaces présente, pour chaque pièce, la longueur, la largeur, la surface brute, les surfaces déduites (murs, cloisons, gaines, sous-pentes) et la surface nette retenue. La somme des surfaces nettes donne la surface Carrez ou Boutin totale. Pour les pièces complexes, un schéma annexé détaille la décomposition en surfaces élémentaires. Les surfaces exclues du calcul (balcons, terrasses, caves, parkings) sont indiquées séparément avec leur surface respective.

Un plan coté à l’échelle accompagne systématiquement le rapport. Ce plan, généralement réalisé sur un format A3 ou A4, présente l’ensemble du lot avec les dimensions intérieures de chaque pièce et la délimitation des parties prises en compte dans le calcul. Pour les biens complexes (duplex, lots avec mezzanine, lots avec combles aménagés), le plan peut comporter plusieurs vues (rez-de-chaussée, étage, mezzanine) pour une lecture claire.

Le rapport inclut une mention de responsabilité du diagnostiqueur qui certifie l’exactitude des mesures réalisées et engage sa responsabilité civile professionnelle. Cette mention est importante car elle constitue la garantie pour l’acquéreur ou le locataire en cas d’erreur de mesure ultérieurement constatée. Les conditions de validité du mesurage (durée illimitée sauf modifications, exclusions, etc.) sont également précisées.

07Que faire en cas d’erreur de mesurage

Si vous constatez après l’acquisition que la surface réelle de votre lot est inférieure de plus de 5 % à celle déclarée dans l’acte authentique, vous disposez d’un droit à diminution du prix. Cette action doit être intentée dans un délai d’un an à compter de la signature de l’acte authentique, à peine de forclusion. La diminution du prix est calculée au prorata de l’écart au-delà des 5 % de tolérance et constitue un droit acquis dès lors que l’écart est démontré.

Pour démontrer l’écart, l’acquéreur doit faire réaliser un nouveau mesurage par un autre diagnostiqueur ou par un géomètre-expert. Si les deux mesurages divergent, une expertise judiciaire peut être ordonnée pour trancher. En pratique, les écarts importants (plus de 5 %) sont rares lorsque le mesurage initial a été réalisé sérieusement, et résultent généralement d’erreurs sur la prise en compte des sous-pentes, des mezzanines ou des annexes.

L’action en diminution du prix peut s’accompagner d’une action en responsabilité contre le diagnostiqueur si son erreur est démontrée. La responsabilité civile professionnelle du diagnostiqueur couvre ce type de litige et permet à l’acquéreur d’obtenir réparation sans passer par une procédure complexe contre le vendeur. Cette voie est souvent plus rapide et plus efficace, à condition que le diagnostiqueur ait souscrit une assurance suffisante.

Pour les locations sous bail Boutin, la diminution proportionnelle du loyer s’applique pour la durée restante du bail. Le locataire peut également demander le remboursement des trop-perçus depuis le début du bail si l’erreur est démontrée. Une médiation amiable est généralement la voie privilégiée avant toute action judiciaire, car les enjeux financiers ne justifient souvent pas une procédure contentieuse.

08Différences entre Carrez, Boutin et surface de plancher

Plusieurs notions de surface coexistent en droit français de l’immobilier et il est important de bien les distinguer. La surface Carrez s’applique à la vente de lots de copropriété et exclut les balcons, terrasses, caves, parkings et parties basses. La surface Boutin s’applique à la location nue à usage de résidence principale et a une définition très proche, avec quelques nuances sur les annexes et les surfaces communes.

La surface de plancher, définie à l’article R111-22 du Code de l’urbanisme, est utilisée principalement pour les autorisations d’urbanisme (permis de construire, déclaration préalable). Elle inclut toutes les surfaces de plancher closes et couvertes, à l’exception de certaines déductions (vides, embrasures, gaines, etc.). La surface de plancher est généralement supérieure à la surface Carrez ou Boutin car elle ne déduit pas les murs intérieurs et les cloisons.

La surface utile, utilisée dans le cadre du logement social et du dispositif PLA-I (prêt locatif aidé d’intégration), correspond à la surface habitable augmentée de la moitié de la surface des annexes (caves, balcons, garages, etc.). Cette notion est spécifique au logement social et n’est pas applicable aux autres types de biens. La surface réelle (ou surface au sol) inclut quant à elle l’ensemble des surfaces, y compris les parties basses et les annexes, et n’a généralement pas de portée juridique.

Pour les ventes de maisons individuelles non soumises au statut de la copropriété, aucun mesurage Carrez ni Boutin n’est légalement obligatoire. Toutefois, la surface habitable est généralement indiquée dans l’annonce de vente et dans le compromis, et son inexactitude significative peut engager la responsabilité du vendeur au titre de la garantie des vices cachés ou du dol. Pour ces biens, il est recommandé de mentionner expressément les conditions de calcul de la surface annoncée.

09Comment choisir son diagnostiqueur

Le mesurage Carrez peut être réalisé par un diagnostiqueur certifié ou par un géomètre-expert. La certification du diagnostiqueur n’est pas obligatoire pour le mesurage Carrez (contrairement aux autres diagnostics), mais elle constitue un gage de qualité et de fiabilité. Vérifiez sur l’annuaire officiel des diagnostiqueurs que le professionnel dispose de la mention « mesurage » et d’une assurance responsabilité civile professionnelle adaptée.

Pour les biens à forte valeur, à configuration complexe (duplex, lots avec mezzanine, lots avec combles aménagés) ou avec un historique de litige, il est recommandé de faire appel à un géomètre-expert. Sa responsabilité civile professionnelle est généralement mieux couverte et son expertise est juridiquement reconnue. Les géomètres-experts sont également mieux équipés pour les configurations atypiques et peuvent produire des plans cotés à l’échelle architecturale.

La précision des instruments utilisés est un autre critère important. Un télémètre laser de précision (±2 mm sur 10 m) est l’outil minimum acceptable. Les outils plus avancés (scanners laser 3D, stations totales topographiques) offrent une précision supérieure (±0,5 mm) et permettent de produire des plans 3D documentés qui constituent une preuve solide en cas de litige ultérieur. Pour les biens à forte valeur, l’investissement dans un mesurage scanné peut être rentable s’il permet d’éviter une contestation post-vente.

10Cas particuliers et situations spéciales

Plusieurs configurations particulières demandent une expertise renforcée. Les lots avec mezzanine sont un cas d’école : seule la partie de la mezzanine dont la hauteur sous plafond est supérieure ou égale à 1,80 mètre est comptée dans la surface Carrez. Cette règle peut conduire à des résultats contre-intuitifs lorsque la mezzanine s’élargit progressivement en pente. Le diagnostiqueur doit alors décomposer la mezzanine en zones de hauteur uniforme et ne retenir que celles éligibles. Un plan coté précis avec hachures des zones exclues est indispensable.

Les lots avec combles aménagés posent une difficulté similaire. La pente du toit crée des zones à hauteur variable, et seules les parties à hauteur ≥ 1,80 m sont prises en compte. Pour les combles avec un faîte central, la zone éligible est typiquement un rectangle au centre du volume, avec deux triangles latéraux exclus. Le calcul nécessite un mesurage précis de la hauteur en plusieurs points et une décomposition géométrique rigoureuse. Une erreur sur cette décomposition peut générer un écart significatif sur la surface totale.

Les vérandas chauffées et structurellement intégrées au logement principal peuvent être incluses dans la surface Carrez si elles remplissent les critères de hauteur (≥ 1,80 m) et d’étanchéité (closes et couvertes). La Cour de cassation a confirmé en 2023 cette possibilité pour les vérandas modernes en aluminium avec double vitrage chauffées en permanence. Pour les vérandas anciennes ou non chauffées, l’exclusion est généralement la règle. Le diagnostiqueur doit documenter précisément la nature de la véranda (matériaux, isolation, chauffage) pour justifier sa décision d’inclusion ou d’exclusion.

Les lots en duplex ou triplex avec escaliers intérieurs imposent un calcul plus complexe. Chaque niveau est mesuré séparément, et l’emprise au sol de l’escalier est déduite à chaque étage (sauf en sous-sol où elle est partiellement comptée). Pour les duplex avec escalier ouvert sur un volume central, la surface au sol de l’escalier est déduite uniquement au niveau inférieur. Cette règle technique peut générer des écarts importants si le diagnostiqueur ne l’applique pas correctement.

Les lots à usage commercial ou professionnel suivent les mêmes règles que les lots d’habitation pour le mesurage Carrez. Toutefois, la définition des annexes (réserves, locaux techniques) peut être plus complexe car ces locaux sont souvent intégrés à l’usage principal. Pour un local commercial avec arrière-boutique, le mesurage doit clarifier ce qui relève de la surface principale et ce qui constitue des annexes non comptabilisées. Cette distinction peut avoir un impact significatif sur le prix de vente et nécessite une analyse précise du règlement de copropriété.

11Erreurs fréquentes à éviter

Une première erreur fréquente consiste à confondre surface Carrez, surface habitable Boutin, surface de plancher et surface au sol. Chacune de ces notions répond à une définition juridique précise et a un usage différent. La surface Carrez est obligatoire pour la vente d’un lot de copropriété ; la surface Boutin pour la location nue résidence principale ; la surface de plancher pour les autorisations d’urbanisme ; la surface au sol n’a pas de portée juridique mais sert souvent dans les annonces immobilières. Utiliser la mauvaise notion peut conduire à des erreurs de plusieurs mètres carrés sur les actes de vente.

Une deuxième erreur consiste à se reposer sur un mesurage ancien sans vérification. Si des travaux modifiant la configuration intérieure du lot ont été réalisés (suppression ou ajout de cloisons, fermeture d’une mezzanine, création d’une véranda intégrée), la surface Carrez peut avoir évolué. Un mesurage daté de plusieurs années peut alors être inexact et exposer le vendeur à une action en diminution du prix. Lors de toute vente, il est prudent de commander un nouveau mesurage à jour, particulièrement pour les biens ayant fait l’objet de travaux significatifs.

Une troisième erreur consiste à inclure les annexes dans la surface Carrez. Les caves, parkings, garages, balcons, terrasses et loggias ne sont jamais inclus dans le calcul Carrez. Les inclure (par négligence ou pour gonfler artificiellement la surface annoncée) constitue une fraude qui expose le vendeur à des sanctions civiles et pénales. Ces annexes peuvent être mentionnées séparément dans le rapport et l’annonce de vente, avec leur surface respective indiquée distinctement.

Une quatrième erreur consiste à ne pas faire mention de la superficie Carrez dans le compromis ou l’acte authentique. L’article 46 de la loi du 10 juillet 1965 modifié par la loi Carrez prévoit que l’absence de mention entraîne la nullité de l’acte sur demande de l’acquéreur dans le délai d’un mois. Cette sanction sévère explique l’importance que les notaires accordent à la présence du mesurage dans tous les documents de vente. Le mesurage doit être réalisé avant la signature du compromis et mentionné dès cette étape.

Une cinquième erreur consiste à ne pas tenir compte de la tolérance de 5 % dans les négociations. Si un acquéreur conteste une surface qui présente un écart inférieur à 5 % avec la déclaration, sa demande n’est juridiquement pas recevable. Le vendeur peut ainsi se défendre en faisant réaliser un contre-mesurage qui démontre que l’écart reste dans la tolérance légale. Inversement, un acquéreur informé qui détecte un écart de plus de 5 % a un levier juridique très solide pour exiger une diminution du prix de vente, calculée au prorata de la surface manquante au-delà de la tolérance.

12Récapitulatif des points-clés à retenir

Les mesurages Carrez et Boutin sont deux diagnostics distincts qui répondent à des besoins juridiques différents mais complémentaires. Le mesurage Carrez, instauré par la loi 96-1107 de 1996, encadre la vente de lots de copropriété en imposant la mention de la superficie privative dans tous les actes. Le mesurage Boutin, instauré par la loi MOLLE de 2009, s’applique aux locations nues à usage de résidence principale et calcule la surface habitable. Confondre ces deux notions ou utiliser l’une à la place de l’autre peut générer des erreurs juridiques aux conséquences importantes.

Le mesurage Carrez est obligatoire pour toute vente de lot de copropriété (appartement, local commercial, bureau, parking aménagé en partie privative). Il n’est pas obligatoire pour les ventes de maisons individuelles non soumises au statut de la copropriété ni pour les ventes en l’état futur d’achèvement. La mention de la superficie est obligatoire dans le compromis, l’acte authentique et toute promesse, sous peine de nullité de l’acte sur demande de l’acquéreur dans le délai d’un mois. Cette sanction sévère explique l’importance accordée par les notaires au mesurage.

La superficie Carrez correspond aux planchers des locaux clos et couverts, après déduction des murs, cloisons, marches et cages d’escalier, gaines, embrasures de portes et de fenêtres. Seules les parties à hauteur sous plafond ≥ 1,80 mètre sont prises en compte. Les caves, garages, terrasses, balcons, vérandas non chauffées et lots inférieurs à 8 mètres carrés sont exclus. La surface habitable Boutin a une définition très proche avec quelques nuances sur les annexes et les locaux communs.

La tolérance de 5 % entre la superficie déclarée et la superficie réelle est la règle structurante du dispositif. Au-delà de cet écart, l’acquéreur (pour Carrez) ou le locataire (pour Boutin) peut demander une diminution proportionnelle du prix ou du loyer. L’action en diminution doit être intentée dans le délai d’un an à compter de l’acte authentique pour Carrez. Cette tolérance permet d’absorber les petites variations dues à la précision des instruments de mesure, mais ne couvre pas les erreurs significatives ou intentionnelles.

Le coût du mesurage varie de 80 à 200 euros pour un appartement standard, et peut atteindre 500 euros pour un géomètre-expert ou pour un bien à configuration complexe. Le mesurage Carrez est presque toujours inclus dans le pack de diagnostics obligatoires à la vente avec un coût marginal de 50 à 100 euros. Pour les biens à forte valeur ou à configuration atypique (duplex, mezzanine, combles aménagés, véranda), l’investissement dans un mesurage scanné par scanner laser 3D peut être rentable s’il permet d’éviter une contestation post-vente.

Le choix du professionnel doit privilégier la certification COFRAC (pour les diagnostiqueurs) ou le statut de géomètre-expert pour les biens complexes. La précision des instruments (télémètre laser ±2 mm minimum, voire scanner 3D pour les biens à forte valeur), la rigueur de la méthode (décomposition géométrique des surfaces complexes, vérification des hauteurs sous plafond pièce par pièce), et la qualité du livrable (plan coté à l’échelle, tableau de calcul détaillé) sont des critères de qualité essentiels. Un mesurage rigoureux protège durablement le vendeur contre les contestations post-vente et constitue une pièce importante du dossier de transaction.

Pour les biens à forte valeur, particulièrement les appartements de prestige dans les centres-villes (Paris, Lyon, Bordeaux, Nice, etc.), l’investissement dans un mesurage scanné par scanner laser 3D peut être justifié. Le coût supplémentaire (200-500 euros) est négligeable par rapport au prix du bien (souvent supérieur à 800 000 euros), et la documentation 3D constitue une preuve juridique très solide en cas de litige ultérieur. Le nuage de points généré permet à un expert judiciaire de reproduire les mesures avec une précision millimétrique, ce qui clôt rapidement les contestations infondées et établit irréfutablement les écarts éventuels.

Enfin, la conservation des documents de mesurage sur toute la durée de détention du bien est une bonne pratique souvent négligée. Le rapport de mesurage, le plan coté à l’échelle et les éventuels documents annexes (photographies, fichier 3D scanné) doivent être archivés par le propriétaire et transmis à l’acquéreur lors de la revente. Cette traçabilité historique protège l’acquéreur en cas de litige avec son propre acquéreur ultérieur et facilite les éventuelles contestations en lui fournissant des éléments de comparaison fiables.

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Benjamin Bel

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Article rédigé par Benjamin Bel, fondateur de KOVAS et acteur du secteur de l'immobilier en Normandie depuis 10 ans. KOVAS est édité par la SASU NEXUS 1993 (Paris 8ᵉ), spécialiste de la productivité des diagnostiqueurs immobiliers certifiés.

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